Les laïcs ont-ils leur place dans les débats théologiques ?

Les laïcs ont-ils leur place dans les débats théologiques ?

Sœur Solange SIA est religieuse de la congrégation Notre Dame du Calvaire, spécialiste en théologie spirituelle.

Dans cette contribution, elle pose un débat sur la place des laïcs dans la théologie en Afrique.

Le rôle essentiel des laïcs dans l’essor de l’Église en Afrique, et particulièrement en Côte d’Ivoire, n’est plus à prouver. La valorisation du laïcat faite par l’exhortation, Ecclesia in Africa dans le cadre de l’Église Famille de Dieu, ayant comme tâche prioritaire l’évangélisation (cf. EA 53; 88), est une réalité incontestable dans l’Église et la société ivoirienne.

Cependant, au regard de ce qui se vit sur l’étendue du territoire ivoirien, dans les diocèses et institutions, il apparait que jusqu’à ce jour, les sciences théologiques sont l’apanage des prêtres et religieux, que ce soit en terme de formation acquise et d’enseignement à prodiguer. Les laïcs femmes et hommes restent en marges ; il n’y a donc pas explicitement de contribution théologique du laïcat ivoirien, alors qu’en prenant leur place dans le champ théologique, les laïcs contribueraient de manière significative à la mission d’évangélisation.

Du  constat général, l’on peut affirmer que la théologie est un domaine réservé aux clercs en Côte d’Ivoire. Peut-on dire que l’Église en Côte d’Ivoire est encore cléricale, ou alors que ce sont les laïcs qui n’ont pas conscience de leur place en théologie ?

Les laïcs, destinataires passifs ?

Les laïcs peuvent sembler parfois les destinataires passifs du discours théologique, mais en réalité, leur attente, leur aspiration modifie un discours sur Dieu qui se veut créateur et adapté à la réalité.  Leur comportement est une parole, il dit quelque chose de théologique.

Dans nos Églises et communautés, il se manifeste un grand intérêt pour la Parole de Dieu. Les laïcs se montrent très attachés à la Parole de Dieu, assoiffés d’écouter les prédications.

En agissant ainsi, ils suscitent une réflexion. Leur comportement participe à l’élaboration d’une théologie et donc ils contribuent à la formation d’un discours théologique. Ils aident le théologien de métier à comprendre qu’il ne doit jamais oublier qu’il n’a pas le monopole de l’intelligence et de l’expression de la foi.

Les laïcs aident les théologiens et théologiennes à comprendre qu’ils ont à résister à la tentation de s’enfermer dans leurs disciplines, leurs traditions scientifiques et leurs objets de spécialisations, puisque faire de la théologie consiste à œuvrer à ce que chaque situation humaine et chaque culture puissent se nommer chrétiennement.

L’histoire de la spiritualité nous enseigne que les laïcs de par leur dévotion ont fait évoluer la réflexion théologique ; en ce sens les laïcs apportent une réelle contribution.

Ils aident le théologien à se souvenir qu’il est au service de la valeur théologique de toute quête de sens et de toute expression humaine. La théologie est en effet sacrement de cette aptitude de toute parole humaine à dire le mystère de Dieu. Elle travaille à révéler la valeur d’Évangile de toute parole humaine, devenue Parole de Dieu en Jésus-Christ »[1].

C’est éventuellement du côté de la vie des communautés chrétiennes que se décline un apport significatif théologique des laïcs en côte d’ivoire

Cela dit, la question liée à la contribution active des laïcs reste entière et demande à être investiguée.

Difficulté pour les laïcs de participer au débat théologique?

Qu’est ce qui pourrait éventuellement poser problème à l’engagement théologique des laïcs ? De nombreuses raisons peuvent expliquer cette difficulté. Nous voulons nous risquer à avancer ici quelques hypothèses qui  peuvent être envisagées sous deux axes.

Dans un premier temps, il nous semble important de questionner les conditions d’accès des laïcs à une formation à la fois qualifiante et diplômante et la valorisation de leurs acquis de formation.

Actuellement, en dépit de tous les projets de formation énoncés plus haut, peut-on affirmer de manière explicite que les laïcs ont un accès illimité à toutes les instances de formations en mesure de faire carrière en théologie ? Combien de laïcs ont-ils déjà été orientés vers des grades académiques autres que de simples certificats ? En a-t-on suffisamment encouragé vers plus d’ambitions théologiques ? Si par miracle il y en avait. A-t-on déjà essayé de valoriser les acquis de leur formation dans nos églises, nos maisons et structures de formation ? N’y aurait-il pas quelque part une volonté tacite de les tenir bien à l’écart d’un cercle qui se veut toujours fermé ? Un proverbe bien de chez nous dit qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

Sœur Solange SIA

[1] R.-M. ROBERGE, « La régulation de la foi : une fonction sacramentelle », dans J.-C. PETIT, J.-C. BRETON,

Enseigner la foi ou former des croyants ?, Montréal, Fides, 1989, p. 92.

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