Seine-et-Marne: les oblats assassinés par la Gestapo revivent dans un roman

Seine-et-Marne: les oblats assassinés par la Gestapo revivent dans un roman

Il y a 74 ans, cinq missionnaires étaient torturés et tués par la Gestapo à la Brosse-Montceaux pour avoir caché des armes de la Résistance. Un roman historique retrace leur sacrifice.

Les saisons s’égrènent dans cette si paisible clairière du château de La Brosse-Montceaux depuis le 24 juillet 1944. Pourtant, la barbarie dont ont été victimes ce jour-là cinq pères missionnaires oblats, des moines laïcs, de Marie Immaculée, torturés et assassinés à bout portant par un officier de la Gestapo pour avoir caché des armes, ne s’efface pas. Ni de ce lieu, ni de l’Histoire.

Ce mardi après-midi encore, entre ces pins vigoureux qui offrent de l’ombre aux cinq croix qui perpétuent la mémoire des martyrs, pour la 74e fois, des élèves, des élus et des résistants se souviendront de ces hommes qui ont payé de leur vie leur engagement contre le nazisme.

« J’ai eu envie de parler d’eux, de leurs réflexions »

Parmi eux se trouve Alain Drèze, professeur d’histoire à la retraite et ancien maire (PS) de Montereau, très ému par le sacrifice de ces religieux, qui a imaginé un roman historique « La passion des oblats » autour de cette terrible journée.

« J’ai eu envie de parler d’eux, de leurs réflexions. Comment ces hommes de prière, partisans de Pétain, se sont peu à peu engagés dans la Résistance au nom des valeurs évangélistes? », interroge le septuagénaire. « Et j’ai aussi voulu élargir et parler des Résistants dans la région. Ceux qui ont aidé au transport des armes ou ont caché deux oblats. »

Faire un livre purement historique semblait trop convenu à Alain Drèze. « Cela a déjà été fait, et je n’avais pas de documents nouveaux à apporter. La forme d’un roman me semblait plus accessible », souligne-t-il. « Mais tout ce qui est historique a été vérifié par des archives. » On suit donc un étudiant à la Sorbonne, contraint de se réfugier chez les oblats pour échapper à la répression de la manifestation du 11 novembre 1940 sur les Champs-Élysées.

Malgré leur douleur, ils n’ont jamais révélé la cache des armes

Ce qui permet de comprendre le cheminement intellectuel qui conduit les oblats à désobéir à la hiérarchie pour proposer à la Résistance de cacher des armes parachutées dans leur caveau du cimetière.

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« Ils avaient commencé par soigner les blessés à l’hôpital de Montereau, à aider après les bombardements. Mais pour eux, ce n’était pas assez, admire Alain Drèze. Pour autant, ils ne souhaitaient pas embrasser la lutte armée. C’était contraire à leur engagement religieux. »

Est-ce leur foi qui les a portés alors que la Gestapo tentait de les noyer, les tabassait ou leur brûlait les pieds ? Toujours est-il que malgré la douleur, ils n’ont jamais révélé la cache des armes. Un mois plus tard, elles ont été utilisées par le réseau « Honneur de la police » lors de la Libération de Paris.

L’écriture de cet ouvrage est pour Alain Drèze l’occasion de mettre en avant l’amour de la liberté. « Les débats portés par le livre sont actuels. J’ai beaucoup pensé aux massacres de Daesh ou aux moines de Tibhirine (sept moines enlevés et assassinés en 1996 par le GIA en Algérie, NDLR), se trouble Alain Drèze. Les oblats portaient la résistance à l’oppression. Ce sont des humanistes. Si nous aussi, nous ne résistons pas avec ces valeurs, nous n’existons pas. »

« Serions-nous capables d’avoir autant de courage qu’eux ? »

La capacité à s’engager malgré le risque démontrée par les oblats a fortement impressionné les six élèves de 3e du collège Elsa-Triolet de Montereau. Dans le cadre du concours national de la Résistance et de la Déportation, organisé par l’Education nationale, ils ont réalisé un film de dix minutes retraçant le drame des oblats ce 24 juillet 1944.

« Cela leur a permis de donner chair à l’Histoire en l’illustrant de manière concrète avec l’histoire locale », apprécie leur professeur d’histoire Marie Massinger, qui les a guidés dans leurs recherches. « Nous avons pu accéder aux archives des oblats. Et signe du destin, l’un des élèves est l’arrière petit-fils de Marcel Séverin qui a aidé les oblats à aller chercher les armes parachutées et en a caché deux. »

« Les oblats nous questionnent sur notre propre capacité à agir. Ils n’ont jamais parlé. Ils ont choisi le silence jusqu’à la mort pour protéger les Français occupés, souligne Lucille, une des élèves. Mais serions-nous capables d’avoir autant de courage qu’eux ? C’est aussi une histoire qui s’est déroulée à quelques kilomètres de chez nous et qui est peu connue. »

leparisien.fr

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