Méditation sur la parabole de l’enfant prodigue

Méditation sur la parabole de l’enfant prodigue

Chers frères et sœurs en Christ, nous nous proposons de méditer avec vous sur la parole de l’enfant prodigue en Luc 15, 11-32. Cette parabole nous parle d’un fils qui a demandé sa part d’héritage à son Père et qui parti pour un pays lointain ; puis après avoir tout dépensé, il décide de revenir vers son Père.

En effet, amis croyants, il est étonnant de constater que suite à son vagabondage, le fait qui détermine sa décision de réintégrer la maison familiale n’est ni le regret de l’acte d’abandon de son père, ni le fait d’avoir dilapidé sa fortune. Sa démarche n’est pas motivée par son amour infini pour le Père et, encore moins, par l’expérience faite de l’amour infini de son Père à son égard. D’ailleurs, il n’attend plus de Lui qu’une place de mercenaire, vu la gravité de la faute commise. Le problème de ce fils se situe à un autre niveau. Il revient juste par intérêt, par nécessité. Il a un besoin à assouvir. Il est affamé. Le verset 16 le précise bien d’ailleurs : « Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait. » Tenaillé et torturé par la faim, il risque de défaillir dans ce pays étranger, ignoré de tous. Il est donc question de mort ou de vie. Loin d’être le repentir par rapport au vide et à la douleur que son départ a pu infliger à son Père, c’est d’abord le profond désespoir dans lequel il se retrouve qui le pousse à descendre en lui-même. « Je veux partir, aller vers mon Père et lui dire : Père j’ai péché contre le Ciel et envers toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un des tes mercenaires » (Luc 18-19). Chers fidèles du Christ, demandons-nous si cet enfant connaissait véritablement l’identité de son Père, s’il avait vécu l’expérience d’une présence et d’une réelle rencontre filiale avec Lui, serait-il capable de songer à la possibilité d’être traité comme l’un des mercenaires ? Parce qu’insinuer que son Père puisse le punir pour son comportement, c’est méconnaitre la vraie identité de son Père !

Par maladresse, le fils a quitté sa maison. Mais le pire c’est que, ni le long temps d’absence, ni la solitude, ni même la souffrance endurée ne lui ont permis de sortir de la fausse conception qu’il se faisait de son Père. Il s’est engouffré dans une situation pitoyable au point de penser que ce dernier n’a d’autre choix que de le condamner. Au fond, lorsqu’il récite son message prémédité : « Père, traite-moi comme l’un de tes mercenaires », il demande indirectement à être puni, châtié, exclu, mis à la dernière place … et tout cela pour un seul et unique intérêt : pouvoir de nouveau se remplir le ventre. Le Père le sait. Pourtant il l’accueille à bras ouvert, comme il ne l’avait jamais fait auparavant. Du reste, le fils ainé en est offusqué. Le Père n’agit pas envers son cadet selon sa faute, comme l’envisagerait les humains qui punissent, sanctionnent, se vengent ou condamnent. Il n’a même pas l’air de donner la moindre considération à la confession de son enfant. Nous trouvons là l’écho de ce que disait le prophète Isaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées» (Isaïe 55, 8-9).  Contre toute attente, le Père écoute et agit selon son cœur. Il surprend tout le monde en disant à ses : « Vite, apportez la plus belle robe et  l’en revêtez, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! (Lc 15, 22-24a). Et c’est cela la miséricorde, une manière d’agir envers l’autre qui l’invite, implicitement, à vivre autrement.

Le début de la parabole mettait bien en relief l’immensité de la liberté qu’offre ce père à son fils. Il va jusqu’à mettre à sa disposition les moyens matériels permettant de le quitter sans regret : la moitié de sa fortune. Vers la fin de la parabole, autour de son fils, le Père adopte des gestes encore plus forts. Ses paroles laissent transparaitre son authentique identité paternelle restée voilée jusque-là : il est Celui qui est capable, envers et contre tout, d’organiser une fête et de donner le meilleur de lui-même pour honorer le retour à la maison du rebelle qui s’en est éloigné.  C’est ce que la Pape François a compris en s’exprimant en ces termes : «  Dans les paraboles de la miséricorde, Jésus révèle la nature de Dieu comme celle d’un Père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde. (…) Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne. (…) la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de toute, qui remplit le cœur d’amour, et qui console en pardonnant.» [1]

Le fils ainé quant à lui, refuse que son Père accueil son frère. N’est-pas là la logique humaine, une logique toujours portée à rejeter, à condamner. Oui, chers frères et sœurs, notre logique est différente de celle de Dieu, car les voies du Seigneur sont insondables. Finalement nous voyons que ce fils ainé qui est resté à la maison avec son Père se perd aussi. Il se perd parce qu’il refuse d’entrer dans le projet de Dieu, un projet d’amour, un projet de miséricorde et de pardon. Il commence à citer ce qu’il a fait comme travail et fait comprendre à son Père qu’il est fidèle. Bref, il se comporte en contrôleur de la grâce divine, il veut limiter la bonté du Père à l’égard de son frère. Cers fidèles du Christ, peut-être que cela est notre attitude parfois envers nos frères et sœurs qui se sont égarés et qui cherchent à revenir vers le Dieu. Ne les jugeons, ne les condamnons pas. Mais accueillons-les avec une grande joie à l’image de ce Père miséricordieux qui est toujours prêt à nous tendre la main pour nous relever après chacune de nos chutes.

Que le Seigneur nous donne un cœur doux et miséricordieux pour que nous puissions être des témoins authentiques de son amour et de son pardon au quotidien.

[1] Pape François, Misericordiae Vultus, n° 9.

 

Frère Julien NDECKY – Omi

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