Le puits de Jacob

Le puits de Jacob

Le passage clé du Nouveau Testament, Jésus et la Samaritaine, est un texte aux multiples interprétations et d’une profondeur inépuisable. A l’image du puits de Jacob, nous pouvons puiser sans pouvoir épuiser les significations et les contenus profonds de cet Evangile du troisième dimanche de Carême. Rappelons-nous que les destinataires de ces Evangiles du Carême sont avant tout les catéchumènes, c’est pour eux et pour leur démarche de conversion/initiation que ce passage à été placé à ce point du chemin. Je voudrais avec vous parcourir les titres avec lesquels Jésus est appelé toute au long de cette péricope, ils nous donnent un tableau extrêmement complet de la personne de Jésus et de sa mission.

  1. Juif : la samaritaine appelle Jésus « juif ». Ce nom est lié aux origines de Jésus, la femme réalise qu’il s’agit d’un étranger, peut être le ton de la voix, ça façon de s’habiller. Il y a aussi un sens péjoratif, comme pour les juifs, appeler quelqu’un samaritain. Déjà, adresser la parole à une femme n’était pas dans les mœurs des juifs à plus forte raison une samaritaine. Néanmoins la femme nous situe dans la réalité, Jésus est un juif, héritier de la promesse, de la race choisie et de la descendance de David. Nous sommes au premier degré de la connaissance de Jésus, le coté ethnique, humain. Il faut le savoir que Jésus est juif, cela nous plonge dans toute la réalité de son humanité en lien avec une histoire millénaire de ce peuple élu et rebelle.
  2. Seigneur : certainement la samaritaine voulait dire « monsieur », comme on appelle un inconnu, mais l’évangéliste joue avec le mot et ce « monsieur » devient la confession de foi pascale : Jésus est le Seigneur ! Rappelons-nous que les Evangiles ont été écrits après l’expérience pascale et la communauté chrétienne savait bien que Jésus était le Seigneur, mais il fallait transmettre aux nouveaux croyants la même certitude sur l’identité de Jésus. C’est le Seigneur, c’est-à-dire celui qui est ressuscité et que tous les peuples reconnaissent comme Fils de Dieu, le Premier et le Dernier, l’Alpha et l’Omega. Sans le savoir la samaritaine devient témoin de la foi pascale et en même temps elle témoigne que la bonne nouvelle a franchit les limites de la Judée et de Jérusalem pour se répandre aux confins de la terre.
  3. Prophète : mise à nu par Jésus, qui lui révèle sa condition matrimoniale complexe, la samaritaine l’appelle prophète. Appeler Jésus prophète signifie le situer dans le sillon de la grande prophétie biblique. Signifie reconnaitre le lien intrinsèque entre l’Ancien Testament et le Nouveau en donnant à Jésus sa place spécifique : celui qui achève la révélation de Dieu et qui communique son message définitif et immuable. Certainement Jésus est plus qu’un prophète, c’est lui-même qui l’affirme, mais ce titre veut rappeler à ceux qui deviennent croyants que l’histoire de Jésus s’enracine dans la grande histoire du peuple choisi et dans le sillage des prophètes qui ont parlé sur ordre de Dieu. La samaritaine appelant Jésus prophète veut aussi connaitre la vérité par rapport à la vraie adoration de Dieu, d’où la grande et sublime déclaration de Jésus sur l’adoration en esprit et vérité, désormais ni Jérusalem, ni le mont Garizim sont important, car la nouvelle religion n’a pas besoin de lieux, elle se vit dans le cœur grâce à l’Esprit Saint.
  4. Messie ou Christ : la samaritaine est fourbe, elle tourne autour de Jésus avec ses questions mais elle sait bien où il faut aller, elle provoque Jésus sur le point sensible de sa nature et de sa mission, l’envoyé de Dieu, l’oint de Dieu. Jésus est aussi explicite comme jamais dans l’Evangile : c’est moi qui te parle ! Voici le point d’arrivé de l’Evangile, reconnaitre Jésus comme l’envoyé de Dieu – Messie, celui qui était attendu par le reste d’Israël, l’objet de la promesse divine. Jésus est celui qui résume en lui les attentes du peuple et les promesses de Dieu, l’oint – Christ, celui qui assume toutes les caractéristiques royales, que les rois de l’Ancien Testament avait donné seulement en figure. Celui qui allait résoudre toutes les questions à la foi sociales, politiques et religieuses du peuple, le roi attendu ; mais Jésus nous rappelle que son royaume n’est pas de ce monde et les modalités politiques ne sont pas le siennes. Ce Messie et Christ sont autant de titres que la foi pascale reconnaitra à Jésus mort et ressuscité.
  5. Sauveur : à ce point, ce sont les gens du village de la samaritaine qui affirment que Jésus est le Sauveur. Voila que le cycle catéchétique est complet, Jésus le juif, né à Bethléem de Judée est le Seigneur, prophète de par sa mission, il à été envoyé par Dieu (Messie), c’est Dieu qui l’a oint et constitué Christ, pour être le Sauveur du monde. Dire que Jésus est Sauveur, signifie entrer dans la vérité du mystère pascale, mystère de mort et de résurrection. Signifie surtout comprendre que le dessin de Dieu se réalise pleinement à travers le sacrifice de la croix où le serviteur souffrant porte le péchés de la multitude.

 Nous nous trouvons devant une confession de foi complète et exhaustive basé sur les titres messianiques donnés à Jésus. Vous comprenez pourquoi l’itinéraire catéchuménal et le carême sont dans une symbiose profonde et vous comprenez aussi comment l’Eglise dans sa sagesse a su proposer les textes essentiels pour stimuler la foi de ceux qui voulaient adhérer à Jésus.

Le témoin de cette conversation est le puits de Jacob, vraiment il a du entendre beaucoup de choses ce puits, qui avait été creusé combien de siècles auparavant. Témoin des patriarches, de la royauté, du royaume du nord, des prophètes et de toute l’histoire du peuple. Ce qui est étonnant dans l’Evangile c’est la déclaration de Jésus : « L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source intarissable de vie éternelle».  Or le catéchumène qui écoute ces paroles, pense directement au baptême qui est la véritable source de la vie éternelle, il est initié à l’eau dans laquelle il plongera la nuit de Pâques et par laquelle il reconnaitra l’action salvatrice du Christ. Sans besoin de trop de mots l’Evangile se dévoile comme la seule et puissante catéchèse en mesure de transformer les cœurs et de nous introduire dans la connaissance du Christ prophète, Messie et Sauveur.

Laissons la samaritaine éveiller encore en chacun de nous, baptisés et dans nos communautés de base et dans nos paroisses, le désir de l’eau vive qui se traduit en mouvement, chemin, dialogue, rencontre renouvelée avec le Christ qui nous attend, toujours au puits d’aujourd’hui pour nous faire repartir, pauvres de nous et riches de lui, vers les cœurs humains assoiffés de son amour.

Que cette soif de l’eau vive, la Parole du Christ, nous conduise sur les chemins de la conversion ; que ce temps de Carême nous aide à faire encore notre profession de foi : “Maintenant nous croyons, non pas à cause de ce que tu as raconté, mais parce que nous l’avons écouté. Nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde.”

Related posts

%d blogueurs aiment cette page :