Je suis la lumière du monde

Je suis la lumière du monde

Nous voici au quatrième dimanche du temps de Carême, les semaines passent vite et les événements de la vie de Jésus se succèdent, les uns après les autres, avec un tel dynamisme, qu’il faut être très attentif pour ne rien perdre de ses enseignements et exemples. N’oublions pas la perspective de ces dimanches de Carême toutes centrés sur le parcours catéchuménal pour introduire progressivement les candidats au Baptême dans la mouvance de la grâce baptismale, nouvelle vie et nouvelle naissance. L’Evangile d’aujourd’hui en est une démonstration extraordinaire et une pierre miliaire dans la proposition et l’explication de la foi. Soyons attentifs, l’Evangile nous propose l’essentiel de notre foi et en même temps nous introduit dans une véritable illumination, c’est-à-dire, il nous dévoile la vérité du Christ qui est la lumière du monde et qui par la grâce du baptême et de la foi dans le baptême nous guéris de l’aveuglement.

Le miracle de Jésus qui rend la vue à l’aveugle de naissance est une véritable parabole de notre aveuglement spirituel. Comme l’aveugle, celui qui n’as pas la foi en Jésus, ne sait pas où il va, ne connais pas la direction à donner à sa vie. Recouvrer la vue devient pour l’aveugle une nouvelle naissance, la lumière ouvre les yeux de l’aveugle et une existence nouvelle, une façon de vivre nouvelle se déclenche pour lui ; de même celui qui rencontre le Christ et croit en lui recommence à vivre une nouvelle vie et voit la réalité d’une manière nouvelle.

Mais essayons de comprendre ce passage de l’Evangile. C’est Jésus qui prend l’initiative, l’aveugle ne le voit pas, surtout un aveugle de naissance. C’est Dieu qui voit les hommes dans leur aveuglement et qui vient vers eux pour leur donner la lumière, la vraie lumière, pour leur rendre des yeux nouveaux et les faire renaitre. L’initiative gratuite de Dieu nous enlève des ténèbres et sur nos ténèbres il fait resplendir la lumière de sa Parole qui recrée toute chose et surtout l’homme. C’est la condition de l’homme, aveugle de sa naissance et que Dieu dans sa descente vers ce bas monde appelle a renaitre grâce à la lumière.

La question des disciples est aussi un élément important, qui touche aussi nos croyances ancestrales et s’enracine dans une culture, celle sémitique, très proche de notre culture traditionnelle : “Rabbi, qui a péché pour qu’il soit ainsi aveugle ? Est-ce lui ou ses parents ?”

On associe souvent le mal, la maladie, comme une punition de Dieu, comme si Dieu avait le temps de calculer nos fautes pour nous rendre la monnaie en toute sorte d’épreuve et de châtiments corporels. La maladie, la mort, une mésaventure, un malheur, un désastre sont vu comme une sorte de salaire du péché et de la faute des hommes. Croire à un Dieu de telle posture signifie réduire Dieu à une vision humaine vindicative et péjorative.

En effet, dans sa réponse Jésus veut démystifier cette croyance et remettre les choses en ordre, on ne porte pas les fautes de ses parents chacun est responsable de ses actions et encore, la maladie n’est pas le salaire du péché personnel. Plus que ça, Jésus affirme que cette situations est providentielle car à travers cette maladie Dieu pourra manifester son œuvre. Depuis toujours l’œuvre de Dieu consiste à libérer du mal, de l’oppression et à exalter la primauté de la vie.

Mais venons aux gestes de guérison de notre aveugle né. Jésus avec sa salive fait de la boue, dans ce geste on retrouve tous les ingrédients de la création d’Adam. L’homme vient de la poussière, il vient de la terre et Dieu le fait exister come un être libre et debout. Cette boue que Jésus met sur les yeux de l’aveugle est comme un nouvel acte créateur. Il façonne un nouvel Adam, toujours pétri de terre et il lui dit : «  Va te laver à la piscine de Siloé ». En allant se laver l’aveugle ouvre les yeux et voit la lumière. Ce geste de se laver n’est il pas le signe évident du Baptême qui nous introduit dans la lumière divine et nous fait partager la vie nouvelle des enfants de Dieu ?

Lorsque le catéchumène écoute ce miracle de Jésus, il comprend que c’est lui cet aveugle qui n’a jamais vu la lumière et qui, découvert par Dieu, est recréé, comme Adam avec la terre trouve dans l’eau du Baptême la réponse définitive et la lumière de la vie. L’important c’est d’accueillir le fait d’être aveugle, c’est laisser Dieu refaire son œuvre et collaborer avec lui pour entrer dans la lumière sans déclin. A ce point le vrai péché c’est de se croire déjà justes et rester dans les ténèbres. Comme les scribes et les pharisiens. Par contre celui qui accepte d’être aveugle peut toujours rencontrer la lumière du Christ.

L’Evangile continue avec le procès que les scribes et les pharisiens entament contre l’aveugle, jusqu’à l’expulsion, la mise au ban de la société juive observante. C’est une preuve que les maitres de la loi étaient les vraies aveugles, créatures mortes et fils des ténèbres. Par contre l’aveugle devenu voyant est désormais prêt à faire sa profession de foi au Christ lumière du monde : « Je crois, Seigneur ! »

Comprendre l’Evangile ainsi, nous aide à réorienter notre vie vers la lumière et a mettre la foi baptismale au cœur de notre expérience de Dieu. Jésus est lumière et grâce à cette lumière nous comprenons la vérité sur nous-mêmes, sur les autres et sur Dieu. Nous savons que Dieu aime cette poussière que nous sommes et pour nous il est prêt à recommencer mille et une fois la route du Calvaire, pour nous conduire des ténèbres à son admirable lumière.

 

Related posts