Homélie du dimanche : « Le plus important c’est de rester vigilant à ne pas céder au mal.»

Homélie du dimanche : « Le plus important c’est de rester vigilant à ne pas céder au mal.»

Chers frères et sœurs, fidèles du Christ !

Nous continuons notre marche dans le désert en ce troisième dimanche de Carême. Les textes qui nous sont proposés aujourd’hui nous parlent de l’Exode de cette expérience unique dans l’histoire d’Israël, de cette expérience fabuleuse au cours de laquelle Dieu a libéré son peuple sous la houlette de Moïse. Cette libération malheureusement ne s’est pas effectuée sans anicroche. Aujourd’hui encore, notre marche à la suite du Christ est considérée comme un exode. Il est question comme le peuple d’Israël de marcher vers sa libération, et de désirer effectivement d’être libérés. Une libération progressive selon la pédagogie divine. Une pédagogie assumée par l’Église. Une libération opportune qui nous révèle qui est Dieu dans les textes que nous venons d’écouter.

De façon spéciale, aujourd’hui, l’Église à travers les différents textes qui nous sont proposés nous révèle la tendresse de Dieu envers son peuple et sa sollicitude par rapport à l’humanité tenue en esclavage. Face à la misère de son peuple, comme toujours, Dieu prend l’initiative de lui apporter le salut. Face à l’esclavage que subit le peuple Juif, Dieu prend ses responsabilités et choisis Moïse pour être le berger de son troupeau tout au long du combat qu’Il va mener contre Pharaon :

« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple
qui est en Égypte,
et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants.
Oui, je connais ses souffrances.
    Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens
et le faire monter de ce pays
vers un beau et vaste pays,
vers un pays, ruisselant de lait et de miel.
    Maintenant donc, va !
Je t’envoie chez Pharaon :
tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »

Oui Dieu a vu la misère de son peuple, il a entendu ses cris car « Quand un pauvre crie, le Seigneur entend. »

Dieu n’est pas un Dieu sourd, ni un Dieu aveugle, mais il est au fait de la misère de l’homme ; Il voit, il entend, il nous connait, il connait chacun de nous dans ses tribulations, ses questionnements. Il est la réponse face à notre devenir. Face à ce texte, nous découvrons la part de l’humanité de Dieu qui est sensible à la condition humaine.

Dieu voit notre misère, et Il décide d’intervenir par l’intermédiaire de Moïse qu’il choisit pour cette mission. Il enverra le Christ comme le Nouveau Moïse nous libérer de l’esclavage du péché.

En choisissant Moïse, en l’envoyant en « mission », il s’associe les hommes pour participer à son œuvre salvifique. Il prend le risque de faire confiance aux hommes.

L’humanité de Dieu qui se révèle dans le texte ne s’oppose pas au fait que Dieu demeure le Tout-Autre qui doit être approché avec délicatesse, en ôtant ses sandales :

 « N’approche pas d’ici !
Retire les sandales de tes pieds,
car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »

Ôter ses sandales est une marque de l’estime que nous avons pour Dieu. Approcher de Dieu suppose que nous nous purifiions avant de venir à Dieu, c’est la raison pour laquelle chaque célébration eucharistique commence toujours par le confiteor (Je confesse à Dieu). A la fin le prêtre peut nous absoudre, car la table que nous allons approcher ne peut l’être que part des personnes qui reconnaissent la sainteté de Dieu, par les pécheurs pardonnés.

Si Dieu se fait proche des hommes, il n’en demeure pas moins Dieu.

Durant la longue traversée, le Seigneur était avec son peuple comme nous l’indique la deuxième lecture tirée de la première lettre de Saint Paul au Corinthiens :

« Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême
dans la nuée et dans la mer ;
    tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ;
    tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ;
car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait,
et ce rocher, c’était le Christ. »

Au-delà de l’expérience de cette intervention de Dieu dans la vie du peuple juif, il est nécessaire de regarder aussi les aspects sous lequel Dieu se révèle à Moïse qui devrait nous faire redécouvrir nos pratiques actuelles en liturgie.

L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer.

Dieu apparait dans un buisson, un feu qui éclaire. Le Christ se présentera plus tard comme la « Lumière qui éclaire les ténèbres. »

Saint Paul revient sur cet épisode de l’Exode cette fois-là en insistant sur l’attitude récriminatoire du peuple de Dieu. Une attitude qui lui a valu de nombreux morts tout au long de sa marche :

« 10 Cessez de récriminer
comme l’ont fait certains d’entre eux :
ils ont été exterminés.
11 Ce qui leur est arrivé devait servir d’exemple,
et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir,
nous qui nous trouvons à la fin des temps.
12 Ainsi donc, celui qui se croit solide,
qu’il fasse attention à ne pas tomber. »

Si nous ne nous convertissons pas dans notre propre exode, ce qui est arrivé aux Israélites pourrait aussi nous arriver. De toute façon, l’Exode fut un moment exceptionnel dans la vie du peuple d’Israël avec d’une part la présence permanente de Dieu dans cette longue marche et les moments d’infidélité du peuple avec ses conséquences. En marchant avec Dieu, il est impérieux de rester humbles et vigilants.

Dans l’Évangile se pose le problème de l’origine du mal que subit l’homme. Dans les traditions africaines, comme d’ailleurs dans la tradition biblique, il est courant de trouver dans la maladie, l’échec et toute sorte de mal subi les conséquences de la désobéissance de l’homme aux dieux. La maladie, les échecs, les déceptions et les trahisons ne sont que le fruit d’un mauvais sort rencontré à cause de notre désobéissance à Dieu.

Dans la tradition biblique, lorsque le malheur s’abattait sur quelqu’un, il était considéré comme un châtiment de Dieu (Ex 20, 5 ; Jn 9, 2-3). Ici dans l’Évangile, les gens qui rapportent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate a fait massacrer, s’attendent à ce que Jésus abonde dans ce sens. Ils estiment ne pas être de « grands » pécheurs, puisqu’ils n’ont pas subi ce châtiment. Leur remarque ressemble à cette prière du pharisien : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. » Lc 18 ; 11

Le Christ nous prévient : « Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (v. 4.) Nul n’a le monopole du vice, ni le monopole de la vertu. Le plus important c’est de rester vigilant à ne pas céder au mal. Qui peut l’ange peut la bête. En réalité, avec le Christ, nous ne sommes que des pécheurs pardonnés, mendiants de la miséricorde de Dieu.

Si dans le premier Exode, les Israélites ont subi la mort à cause de leurs péchés, avec l’Exode inauguré par le Christ, nous avons la possibilité de demander pardon et de revenir à Dieu comme dans la parabole du figuier.

Il est nécessaire et urgent de se convertir. Le baptême ne nous épargne ni de la maladie, ni des accidents, ni de tout ce qui fait mal à notre chair. Mais le Seigneur voudrait que nous comprenions qu’il est important de se convertir chaque jour, de revenir à lui de tout notre cœur. Vous convenez avec moi que tous les accidents, les catastrophes naturelles sont en grande partie du au cœur de l’homme. Il est donc urgent de se convertir, de vivre selon les commandements de Dieu.

Père Sinclair Boko, prêtre camerounais de la Congrégation du Cœur immaculé de Marie (Cicm)

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