Qui a droit à des funérailles ecclésiastiques dans l’Église Catholique ? (Revue)

Qui a droit à des funérailles ecclésiastiques dans l’Église Catholique ? (Revue)

Une question « pastoralement » bien chargée. De nombreuses familles ou personnes ont , en effet, déjà éprouvé des sentiments de « rejet et d’humiliation » après avoir été informées par un curé de paroisse ou un prêtre que leur proche défunt ne pouvait pas bénéficier de funérailles chrétiennes, à cause de sa situation religieuse ou matrimoniale. A la douleur de la séparation semble alors s’ajouter celle du rejet de la communauté chrétienne. Mais il faut reconnaître qu’à la base de cette souffrance-déception se trouve souvent une méconnaissance des dispositions ecclésiastiques relatives aux funérailles chrétiennes. Qui y a droit ? Que doit-on faire en premier en cas de décès et quelle paroisse choisir pour la célébration des funérailles ?

  • Tout d’abord, le sens des funérailles chrétiennes

Dans le Rituel des funérailles chrétiennes, où l’Église formule ses directives pour la célébration des funérailles, il est écrit :

« A la mort du chrétien, dont la vie et la foi commencèrent dans les eaux du baptême et furent nourries à la table eucharistique, l’Église intercède au nom du défunt parce qu’elle sait dans la foi que la mort n’est pas le dernier mot, et ne vient pas briser les liens forgés pendant l’existence. L’Église exerce aussi son ministère auprès des personnes en deuil et leur offre lors de la célébration des funérailles la consolation de la Parole de Dieu et le sacrement de l’Eucharistie. Par la célébration des funérailles, les chrétiens offrent à Dieu le culte, la louange et l’action de grâces pour le don de la vie qui retourne à Dieu, auteur de la vie et espérance des justes. Par le rituel des funérailles, l’Église recommande les défunts à la miséricorde de Dieu et sollicite le pardon de leurs péchés. Par le rituel des funérailles, notamment lors de la célébration du sacrifice eucharistique, la communauté chrétienne exprime l’union de l’Église ici-bas à l’Église du ciel dans la communion des Saints. Quoique séparés de ceux qui restent, les morts n’en font pas moins un avec la communauté des croyants sur terre et peuvent bénéficier de leurs prières et de leur intercession ». (Rituel des funérailles chrétiennes, 4-6)

Les funérailles chrétiennes sont alors possibles pour :

  • les fidèles du Christ (tous les baptisés, d’où la nécessité de présenter un extrait de baptême du défunt)
  • les catéchumènes (c’est à dire ceux qui se préparent au baptême et qui, à ce titre, font déjà partie de l’Église),
  • les enfants que leurs parents avaient l’intention de faire baptiser, mais qui sont morts avant le baptême (cf. Can. 1183 § 3)

Il faut noter, par ailleurs, qu’il est possible d’accorder des funérailles catholiques à un chrétien non catholique, « à moins que leur volonté contraire ne soit manifeste et à condition que leur propre ministre ne puisse pas être disponible » (code de droit canonique, canon 1183,2)

Mais, il y a des cas d’interdiction et voici ce que dit le code de droit canonique :

  • Can. 1184 – § 1. Doivent être privés des funérailles ecclésiastiques, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort : les apostats, hérétiques et schismatiques notoires ; les personnes qui auraient choisi l’incinération de leur propre corps pour des raisons contraires à la foi chrétienne ; les autres pécheurs manifestes, auxquels les funérailles ecclésiastiques ne peuvent être accordées sans scandale public des fidèles.

§ 2. Si quelque doute surgit, l’Ordinaire du lieu, au jugement duquel il faudra s’en tenir, sera consulté.

  • Can. 1185 – Toute messe d’obsèques doit être aussi refusée à la personne exclue des funérailles ecclésiastiques.

Seulement, l’interdiction des funérailles ne signifie interdiction de prier pour le défunt. Pour des raisons d’ordre pastoral, le Curé pourra décider qu’il vaut mieux célébrer une liturgie de funérailles sans messe. La célébration de la Parole peut se dérouler au domicile du défunt.

Il faut relever l’importance capitale de l’expression : « à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort ». Comme pour dire que le « Porte reste ouverte jusqu’à la fin »…

  • Que signifie l’expression « pécheur manifeste » que l’on retrouve au canon 1184, ci-dessus ?

Par définition, selon les spécialistes du droit canon, le « pécheur manifeste » est celui dont le péché est connu de tous. Il ne s’agit donc pas de présumer de ce que vit la personne subjectivement, ce qui n’est de toute façon pas possible, mais de juger objectivement d’un état de vie connu de tous et objectivement incompatible avec, par exemple, la réception d’un sacrement.

Exemple pratique : un chrétien est un pécheur manifeste, si tout le monde sait par exemple qu’il est polygame.

Point d’attention: les Funérailles sans messe

Parfois, pour des raisons pastorales, les autorités d’une paroisse peuvent opter pour une célébration des funérailles sans eucharistie. Nous attirons l’attention sur le fait que, dans ce cas, il ne s’agit pas de funérailles au rabais. Celles-ci seront célébrées avec le même soin et la même solennité.

L’ancienne expression absoute n’est plus utilisée. On parle simplement de dernier adieu à l’église.

Il est utile de rappeler que le dernier adieu doit être considéré comme un moment fort de
la liturgie des funérailles, où le prêtre et les ministres entourent le cercueil.

  • Ce qu’il faut donc faire en premier en cas de décès

La première recommandation aux membres de la famille est de prendre contact avec le Curé de la paroisse le plus tôt possible après le décès d’un proche, afin de régler certaines formalités administratives et de préparer ensemble avec lui la célébration des funérailles. Il faut absolument éviter de faire des avis et annonces publics du jour et de l’heure de la messe d’obsèques sans cette concertation avec le Curé de la paroisse.

  • Le lieu de la célébration des obsèques chrétiennes

C’est l’église de la communauté paroissiale à laquelle appartenait le défunt. C’est là que normalement, on célébrera la messe des funérailles.

Le choix d’une autre église est permis, avec le consentement du Curé qui en a la charge et en informant le Curé propre du défunt (cf. Can. 1177 § 2). Nombreux sont les fidèles qui ne tiennent même pas compte de cette formalité pastorale, en oubliant d’entrer en contact avec le Curé du défunt au moment de choisir une autre église pour la célébration des funérailles, ne serait-ce que pour l’informer.

  • Terminons avec deux cas particuliers : les personnes suicidées et les divorcés-remariés

Avant le concile Vatican II, les obsèques étaient conditionnées par la situation religieuse du défunt et par suite divorcés remariés et suicidés en étaient privés. Actuellement depuis la réforme liturgique, la cérémonie répond à la demande, motivée par la foi, de la famille. Les divorcés remariés et les suicidés peuvent donc avoir des obsèques chrétiennes.

Le canon 1184 du nouveau code de droit canonique de 1983 ne mentionne plus les suicidés parmi les pécheurs manifestes auxquels on ne peut accorder les funérailles ecclésiastiques. Il appartient à l’ordinaire du lieu de dialoguer avec les proches du défunt pour voir ce qui apparaîtra comme étant le plus opportun.

Voici ce que dit le Catéchisme de l’Église Catholique :

«On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager, par les voies que Lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire repentance. L’Eglise prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie. » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n°2283).

Toutes ces dispositions sur les funérailles ecclésiastiques rappellent que leur célébration ne relève pas du domaine de la faveur encore moins sentiment.

 


 

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